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LES LEGENDES CATALANES

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L'Espanta bruixes

ou le chasse-sorcières.

Les légendes et croyances populaires sillonnent les Pyrénées-Orientales.

Les "bruixes" ou sorcières, avaient mauvaise réputation, elles servaient le diable. Elles faisaient du mal aux animaux des paysans, aux paysans et paysannes eux-mêmes, et leur donnaient des maladies. Elles faisaient perdre les récoltes, empoisonnaient les herbes des animaux ou tuaient les cochons... Tremblez braves gens...

Selon le roi Philippe III (1620), "la Principauté de Catalogne avait tant de sorcières que le vice-roi suggéra le pardon général de toutes les personnes suspectes".

Les Espanta bruixes (ou èspanta bruyches en catalan), sont traditionnellement des ornements de toitures destinés à repousser les sorcières, et à attirer la prospérité sur les habitants de la demeure. De préférence sur les granges, comme si les récoltes et le bétail demandaient plus de soins de la part des bons esprits que la maison des résidents. Cette tuile de faîte est recourbée vers le ciel, soit à chaque extrémité et aussi parfois aux quatre angles. Il est dit qu'elle servait à retenir et à déchirer la jupe des sorcières.

Appelées aussi les "cues de gall " (queue du coq), certaines sont découpées en forme de fourche ou imitent une queue de deux ou trois plumes de coq. En plaine du Roussillon, on trouve aussi une fleur de lys couchée en tuile, placée au bout du toit. Dans d’autres régions de France, l’on trouve ces éléments de toiture sous l’appellation de « cornes de sorcières ».


babau

La légende du "Babau"

de Rivesaltes.

La légende du Babau (prononcé Babaou) veut qu'un soir dans la nuit du 2 au 3 février 1290 la population de Rivesaltes fut brusquement réveillée par un grand vacarme et des cris assourdissants... Six bébés venaient d'être enlevés par une bête énorme entrée dans la ville par le Forat del Forn (ou trou du four), lieu où l'on jetait les ordures. Deux nuits encore la bête réapparut, surgissant des eaux du fleuve Agly. Pourvue, d'une mâchoire impressionnante et de griffes redoutables, elle ressemblait à un dragon. Un des veilleurs de la ville effrayé par cette vision d'épouvante ne put la décrire que par ces mots "va... vau" (prononcer : ba bao) c'est-à-dire "il a.. il a.." nom qui resta depuis au monstre.

Le drame prit fin quelques jours plus tard grâce au Seigneur des Fraisses, qui décocha deux flèches dans la gueule du Babau. On récupéra trois côtes du monstre dans l'Agly et sa mort fut l'occasion d'une fête mémorable. Une des "côtes" est toujours visible à l'office du tourisme. Pour la petite histoire, cette fameuse côte, serait plutôt celle d'une baleine échouée le 27 novembre 1828 à St Cyprien, poussée par un "fort ouragan dans l'anse formée par la plaine du Roussillon" d'après les textes de l'époque. Le 3 février 1996 a été créé La Commanderie du Babau de Rivesaltes. Elle est l’émanation d’une autre Confrérie datant de 1296 qui fêtait la ST Blaise à Rivesaltes. L’anniversaire du 3 février Jour de la St Blaise correspondant à la mort du célèbre Babau.

La grande fête médiévale du Babau a lieu chaque année à Rivesaltes au milieu du mois d'août.Le temps d'une journée Rivesaltes se plonge au Moyen-Age pour partir à la recherche de son célèbre monstre légendaire "Le Babau". Ce grand carnaval médiéval d'été vous propose un petit voyage à travers le temps : marché médiéval, jeux traditionnels, campements, ateliers et animations. À ne pas manquer, les grandes "cavalcades" à la poursuite du fameux monstre, ainsi que son embrasement dans un grand feu d'artifice et le grand bal de clôture !

En 2019, la Fête du Babau aura lieu le 01/08/2019 à 10:00.


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Le vieux Pont de Céret

ou Pont du Diable

À arche unique datant du XIVe siècle, le pont de Céret franchit le Tech. Construit de 1321 à 1341 et en partie reconstruit au XVIIIe siècle, il a une portée de 45,45 m, une des plus grandes portées d'une arche de pierre au Moyen-Âge. La hauteur au sommet de l'arche est de 22,30 m. Il détint le record mondial de la plus longue arche en pierre de 1341 à 1356. Il est ensuite détrôné par le pont Scaliger en Italie.

Selon la légende, le pont serait l'œuvre inachevée du Diable, la dernière pierre serait manquante. Les habitants voulaient un pont à construire sur la rivière. Faisant appel aux ingénieurs érudits de l'époque, aucun d'entre eux ne réussit, les différentes constructions s'écroulant, les unes après les autres. Ils finirent par appeler le diable afin de le construire pour eux. Il accepta à condition qu'il puisse réclamer la première âme à traverser. Le pont construit, les habitants ont envoyé un chat pour traverser en premier par crainte de la revendication du diable. Le Diable posant la dernière pierre, la clef de voûte, la laissa échapper pour mettre la main sur ce premier passant. "Trompé, trahi", s'écria t-il en saisissant le matou ! Et il disparut, laissant le pont inachevé. Pendant de nombreuses années, personne ne l'a traversé que par extrême obligation, une légende commune pour les nombreux ponts du diable en France.

En 1793, le pont manque d'être détruit par le général Dagobert qui souhaite couper la route à l'armée espagnole, mais est sauvé in extremis grâce à l'intervention du conventionnel Joseph Cassanyes envoyé auprès de l'Armée des Pyrénées-Orientales.

Une scène du film Le Bossu d'André Hunebelle y a été tournée en 1959 : celle avec les trois spadassins envoyés en Espagne pour liquider Lagardère (Jean Marais) et la fille du duc de Nevers (Sabine Sesselmann). Le pont est classé monument historique depuis 1840.


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Les Simiots

du Vallespir

À l'approche de l'an mil, le pays de Roussillon, et surtout la vallée du Tech, étaient en proie à des terreurs et à des calamités sans nombre. Des sécheresses et des orages de grêle détruisaient les récoltes, et les bêtes sauvages rôdaient de tous côtés.

Chassées de leurs repaires par la faim et par l’eau, les bêtes sauvages : loups, ours, sangliers, chats sauvages, erraient de jour comme de nuit en pleine campagne dans les lieux habités et s’attaquaient aux populations. À travers eux on crut apercevoir des monstres de formes étranges, inconnus dans nos montagnes.

On raconte que les simiots avaient établi leur campement dans les ruines du château de Rocaberti, près de La Jonquera (Alt Empordà). Selon la légende, les simiots étaient des monstres à corps de lion et à tête de singe qui terrorisaient les habitants du Vallespir au Moyen-Âge. Ils sortaient des forêts pour emporter les enfants et les dévorer dans les montagnes.

L'abbé Arnufle a pris à son compte cette malédiction, croyant que ses pêchés et ceux des habitants étaient la cause de tous leurs problèmes. Parti pour Rome, il a cherché de l'aide auprès de Jean XVIII. Le pape, touché par son histoire, lui a confié des reliques de Saint Abdon et Sennen. L'abbé a ramené les précieux objets à Arles-sur-Tech, caché dans une barrique truquée. Depuis que les objets sont arrivés à bon port, personne n'a revu un seul Simiot.

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Les bruixes,

sorcières bien-aimées....

Il y a un siècle à peine, les paysans leur réservaient des rituels étranges et craignaient leur messagère, la chouette. Les bruixes (sorcières) ont passé un pacte avec le diable, elles sont soumises à sa force brute et exécutent ses ordres qu’elles reçoivent lors de cérémonies occultes. Ennemies des humains et de toute tentative de faire le bien, elles sont capables, pour promouvoir leur monde sulfureux de ruiner les récoltes, de blesser les animaux, et surtout de jeter des sorts et des malédictions qui poursuivent les familles jusque dans leur descendance. Pourtant, on ne les déteste pas vraiment. Elles sont laides, vieilles, méchantes, mais on les aime quand même !

En pays catalan, la sorcière est un personnage bénéfique qui protège les habitants du village dans lequel elle a élu domicile. D’ailleurs des poupées à l’effigie de ces bruixes sont accrochées dans les maisons de manière à chasser les esprits malveillants.

    Il en existe de toutes les couleurs, avec chacune leurs pouvoirs :

  • * La noire donne le courage pour vivre son destin, elle lutte contre le froid, les rhumes et soulage les douleurs, aide les reins à mieux fonctionner.
  • * La rouge, rose ou orangée c’est le rire, la joie la passion l’amour, la tendresse, elle aide aussi le cœur et la circulation du sang.
  • * La bleue ou verte donne l’espoir, aide pour les examens, calme la colère, l’agressivité et donne de l’énergie au foie.
  • * La jaune améliore la condition financière, favorise le travail, calme l’estomac et l’anxiété.
  • * La mauve donne un sommeil doux et calme les nerveux les angoissés, la mélancolie.

Villefranche-de-Conflent est connu pour être le fief de ses vieilles femmes au nez crochu souvent agrémenté d'une verrue. Elles ne sortent jamais sans leur balai, ni leur tablier qui les protègent lorsqu'elles préparent des potions. Leur chevelure, aussi sombre que leurs habits, finit de compléter le tableau. Les bruixes volent de nuit et seuls les chats peuvent les voir. Du haut d'un toit ou d'une cheminée, elles choisissent les maisons qu'elles souhaitent maudire. Pour les faire fuir, les Catalans n'oublient pas de mettre parmi les tuiles un "espente bruixes" (effrayeur à sorcières) en fer forgé ou sous la forme d'une pierre dressée vers le ciel. Encore, aujourd'hui, des maçons les installent sur certaines maisons !

Depuis plusieurs décennies, Villefranche-de-Conflent, mais aussi Tresserre fête ces êtres fantastiques.


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Les "Encantadas"

ou fées enchanteresses..

Les « Encantadas » vivaient en groupe hors des populations le long des ruisseaux, les grottes, les lacs ou comme dans la vallée d’ Eyne par exemple. Oisives, ses fées lavandières (bugaderes) passaient leur temps à jouer de la musique et à laver leur linge de bon goût et délicats qu’elles faisaient sécher sur l’herbe en plein soleil. Une légende très ancienne mais répandue au Moyen-âge dit qu'elles devaient éviter de se faire voler leur linge, nappes ou les serviettes qu'elles lavaient pendant la nuit. Si vous arriviez à dérober aux fées quelques pièces d’étoffe et à la conserver, la prospérité entrerait dans votre maison.

La fée "encantada" était une belle et jeune femme, capable de séduire les hommes, avec lesquels elles contractaient parfois mariage. L'une entre elles, la « Dona de l’Aïgua » (la dame de l’eau) était une sorcière de légende, qui vivait autour des lacs. Elle avait le don de se transformer en belle femme et jouait de la harpe pour séduire les hommes.

Les « Encantadas », comme elles aimaient se faire remarquer, volaient sur leur balai à l’envers… Il existe de nombreux points d'eau dans les Pyrénees-Orientales, portant une trace de la légende des "encantadas", le lac du Lanoux, le lac des Bouillouses, ainsi que des lieux-dits "Covas des encantadas", "Roc de las encantadas"...

Attention, les fées ne sont pas des tendres. Il paraîtrait qu'un berger, tombé sur elles alors qu'il poursuivait un cheval, l'a amèrement regretté. Alors qu'il épiait des "encantadas" qui se baignaient dans le lac des Bouillouses, ces dernières l'ont changé en pierre.


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Les Remèdes contre les maléfices

en Pays Catalan

  • - Mettez une pièce de vêtements à l'envers pour vous protéger des sortilèges.

  • - Plantez dans un pot une "rue" ou "ruda" en guise de talisman contre les sorcières.

    La "rue" officinale (herbe de grâce, rue des jardins) est une herbacée, vivace rustique répandue autour du bassin méditerranéen. En frottant le plancher de sa maison avec cette plante, on est sûr de chasser les sorcières. Cueillie à la St-Jean, la "rue" associée à de l'ail, prévient des sorcières.


  • - Les chardons et les carlines sont aussi cloués sur les portes des maisons, ainsi accrochées elles représentent le soleil et préserve de la foudre.

  • - Mettez quatre pierres de sorcière (silex ou "pedres de llamp") sous le toit, orientées aux quatre points cardinaux pour éloigner à la fois le mauvais sort et la foudre.

  • - Le sel terreur des sortilèges. Une cérémonie encore récente en Vallespir voulait que le vendredi Saint, les ménagères placent devant leur porte une assiette de sel où elles avaient fait quelques dessins avec une clé. Le curé passait, bénissait le sel. Cette cérémonie s'appelait "el salpàs".

Et bien sûr, on oublie pas l'espanta bruixes ou cues de gall ....


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La légende de Mirmanda

ou la cité disparue.

Une curieuse légende veut qu'il y ait eu sur les terres de Terrats (15km au sud de Perpignan), une cité nommée Mirmande (Mirmanda), plus ancienne que Barcelone.

Mirmanda aurait été le domaine des fées (les encantades) avant d'être détruite par une brutale remontée des eaux de la mer. Invisible du commun des mortels, cette cité n'aurait était vu que par quelques rares bergers, dont certains auraient été appréciés des fées et seraient devenus très riches.

Aux proches alentours, existe des traces de vestiges mégalithiques, lieux-dits "Roc de las LLoca", "El camp dels Morts", qui ont sûrement participé à cette légende, les falaises en argiles rouges (cheminées de fées) aux formes de ruines, ont également suggérées l'idée de cette mystérieuse cité disparue.

Le poète catalan du XIXe siècle, Jacint Verdaguer, a évoqué Mirmanda dans son célèbre poème "Canigó". On trouve trace de cette légende dans " Le Guide historique et pittoresque du département des Pyrénées-Orientales" de Pierre Vidal (édition de 1899).