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L'usine de Dynamite des Paulilles ou un cadre idyllique explosif ...

El Canigo

Nobel et sa dynamique

En 1868, Nobel s'associe avec Barbe pour l'exploitation de la dynamite en France. En 1870, sous la gestion puissante de Barbe, la fabrication de la dynamite fut entreprise à Liverdun dans 3 maisons ouvrières de la cité de la Croisette. La France et la Prusse s'affrontent dès juillet 1870. Napoléon III est fait prisonnier le 2 septembre 1870 et la République proclamée le 4. Léon Gambetta, ministre de la Guerre et de l'Intérieur, reprend alors le dossier de Paul Barbe et lui prête 60.000 francs pour bâtir une dynamiterie qui doit fournir 500 kg de dynamite par jour à l'armée française.


Visible depuis la Costa Brava

L'usine des Paulilles

Une usine est ensuite construite à Paulilles près de la frontière espagnole, un isolement choisi pour raison de sécurité nationale. "L'endroit choisi devait se trouver le plus loin possible des frontières de l'Est" avait dit Gambetta. Le 5 décembre 1870, la dynamiterie débute sa production. En 1871, la France et la Prusse signent l'armistice. La dynamiterie de Paulilles devient un vestige de guerre. Le nouveau gouvernement restaure le monopole sur les explosifs. La dynamiterie ferme le 1er février 1872. Paul Barbe se bat et le 8 mars 1875, une nouvelle loi est promulguée : la dynamite peut être fabriquée par l'industrie privée.

La même année, Paul Barbe vend la dynamiterie de Paulilles à la Société centrale pour la fabrication de la dynamite (SCD), grand trust regroupant les dynamiteries en Europe. Paulilles double alors sa production et reçoit l'autorisation de rouvrir en 1876. La SCD poursuit une politique continue de développement. La dynamiterie occupe, lors de sa fermeture en 1984, une superficie de 32 hectares, soit la vallée de Paulilles... Plus de 100 bâtiments et 300 ouvriers fabriquent dix sortes de dynamites à la veille de la Première Guerre mondiale. Elle exporte pour la construction du canal de Panama, et celle du Transsibérien...


Course du Canigou

Les ouvriers

De nombreux ouvriers locaux de la dynamiterie continuent de travailler leurs vignes et leurs oliviers, mais aussi continuent à participer aux grandes campagnes de pêche : l'agriculteur-pêcheur devient agriculteur-pêcheur-ouvrier. Les femme y sont elle aussi employées notamment à l' emballage ou l'encartouchage , et même aux cotons azotiques. Face au manque de main d'œuvre locale provoqué par la mobilisation et les pertes de la Première Guerre mondiale, l'usine accueille des ouvriers d'Indochine, les Annamites, qui travaillent à l'effort de guerre. Touchés par la fièvre typhoïde, ils sont aussi sujets à des accidents de manipulation du coton nitré dus à son extrême inflammabilité, ou les émanations de nitroglycérine. Nombre d'entre eux sont enterrés à proximité du hameau de Cosprons, où une stèle leur est désormais érigée.


Course du Canigou

En 1941, l'usine de Paulilles passe sous contrôle allemand. En 1943, un mur est construit par les Allemands pour limiter les possibilités de débarquement allié. En 1968, elle développe un brevet : deux plaques de métal posées l'une sur l'autre avec une matière explosive et une explosion qui soude les métaux. En 1984, la production passe à Rivesaltes. Le site de Paulilles devient une friche industrielle.

Tout au long de l'activité de l'usine, des explosions vont malheureusement endeuiller Paulilles, causant une trentaine d’accidents mortels. De plus, le contact avec la matière à longueur de journée dégrade la santé des ouvriers et des ouvrières qui se mettent à souffrir de maux de tête violents, de nausées, de malaises et surtout d’une forte dépendance. Ces maux ne seront reconnus comme maladies professionnelles qu’en 1981, après avoir fait plusieurs dizaines de victimes.


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Les promoteurs

Après la fermeture de l'usine, le site attire la convoitise des promoteurs. En 1989, les terrains sont rachetés, pour un coût de 4,2 millions d’euros, dans le but d’y édifier un pharaonique projet de marina de 500 anneaux : Port-Méry. Heureusement, ce projet ne verra jamais le jour grâce à une forte mobilisation locale ainsi qu'au classement en 1976 en zone naturelle protégée.

En 1998, le Conservatoire du littoral rachète la friche industrielle de 32 hectares et en partenariat avec le Conseil général, réhabilite le site.

En juin 2008, après des travaux de réhabilitation et des aménagements routiers et paysagers, le site de Paulilles est ouvert au public par le Conseil général des Pyrénées-Orientales. En 2010, c’est l'atelier des barques qui ouvre. Ce bâtiment a pour vocation la conservation, la restauration et la valorisation du patrimoine maritime Catalan et méditerranéen.

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